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Montagne en vue

Posted by
Benkirane Thami (Fès, Morocco) on 29 March 2018 in Landscape & Rural and Portfolio.

Toutes les histoires que je lisais, petite, me disaient que les lieux, tous les lieux, étaient à la fois indéfinis et magiques. Vivant de leur vie propre. Et je me demande bien à quelle vie se voue notre maison car celle-ci est un grand corps endormi. Même en plein jour tout semble en sommeil. Comme dans les contes il semblerait qu'on attende chaque jour des choses improbables mais merveilleuses. Ma mère veille jalousement sur les images qui lui promettent ces merveilles. Yeux grands ouverts et ne disant rien car les images de cet écran invisible n'aiment pas qu'on les divulgue à ceux qui font semblant de ne rien vouloir voir. (...)
La fenêtre est toujours près d'elle, pourtant. Là où ma mère se pose, le regard vient, à moments perdus, se déposer sur cet autre écran, celui qui justement conduit au réel, sans reflets ni représentations, juste un découpage strict du paysage sur lequel donne généreusement la maison.(...)
Dans cette pièce du bas, tout en bas, celle qui ne voit rien de la mer et dont personne à vrai dire ne se soucie se sont entassés durant des années les oublis des uns et des autres, les vieilles histoires, les objets mal fichus, les papiers qu'on ne se voit pas jeter, les petits bouts de petits riens, et la montagne magique est là, dans le ventre de la bête, la montagne pousse lentement dans le creux de la bête, l'oubli est peu à peu devenu un monticule, un sommet, un pic sur les flancs duquel en se penchant un peu chacun cueille son brin de mélancolie.

Extraits de Lamia Berrada-Berca, La Reine de l'oubli, éditions La Cheminade, 2012, pages 27 à 39.

Photographie: Amellago, Haut-Atlas Oriental, fin janvier 2018

Martine Libouton from Bousval, Belgium

C'est très beau j'adore

29 Mar 2018 7:02am

Le pédagogue from France

Il était très calme et avait un sac à côté d’un vélo.
Je crois avoir compris tout de suite que cet homme avait le projet de rester dans la rue.
Je n’ai pas cherché immédiatement à rentrer en contact avec lui et je ne me rappelle plus si je l’avais fait dés le lendemain ou des jours après.
En lui parlant, j’avais constaté qu’il était comme absent.
J’ai pu apprendre cependant qu’il n’avait plus de logement depuis quelques années, qu’il ne désirait plus en avoir et qu’il ne voulait « être » que dans la rue.
Il aurait pu ajouter :
« J’ai couru longtemps pour me rattraper. J’avais beau m’essouffler, je n’y arrivais pas. Et puis, un jour, je me suis assis au bord de la route pour m’attendre et, quand je suis passé, j’ai marché sans hâte à côté de moi, du même pas que moi-même. Depuis, je suis très calme ».
(Claude Roy, Le rivage des jours, Paris, éditions Gallimard, 1992).
Il l’a peut-être fait, mais sans recourir aux mots.
Chaque fois que je sortais de la maison ou que j’y revenais, je m’adressais à lui, même s’il ne disait rien.
Avec le temps, il avait eu une radio et écoutait souvent de la « musique classique ».
Il avait aussi une petite télévision à piles et un ou deux livres.
Le soir, pour mieux s’abriter, il avait amélioré le système de couchage et de protection par le plastique.
C’était son « havre ».
Puis, en revenant du travail un soir, j’ai trouvé la rue vide :
« Une vague vient du fond du passé et, lente, dandinante, puissante, déferle. Explose et fait exploser les souvenirs comme autant de bulles d’écume ».
(Driss Chraïbi, La civilisation ma mère, Paris, éditions Denoël, 1972).
Ai-je pleuré ?
J’ai oublié...

29 Mar 2018 7:03am

Existence Artistique from Angers, France

c'est une belle recherche et intéressante

29 Mar 2018 7:31am

Ruthiebear from Titusville, NJ, United States

A creative framing!

29 Mar 2018 1:02pm

Noëlle Combet from France

"le regard vient, à moments perdus, se déposer sur cet autre écran, celui qui justement conduit au réel, sans reflets ni représentations, juste un découpage strict du paysage sur lequel donne généreusement la maison.(...)" disent les mots. Mais des échancrures nous révélant, par interstices le monde nous regardent aussi. Nous sommes regardants mais aussi regardés et les regards se croisent dans les fragments du visible, carrés de lumière ici en saisissant contraste avec le monticule charbonneux et ses taches d'ombre quand soudain, là-haut, le ciel...

29 Mar 2018 2:37pm

Mireille T. from Ribérac, France

Une très belle originalité dans la composition. Ces superpositions créent un magnifique espace pour notre imagination. Bonne soirée!

29 Mar 2018 8:42pm

omid from mashhad, Iran

A M A Z I N G !!!!

30 Mar 2018 7:13am

k@ from Paris, France

Je n'ai pas compris tout de suite, lisant l'image à l'envers, avec l'impression que tu avais collé des vignettes sur un fond ! Excellente sensation en trompe-mirettes !

3 Apr 2018 11:49am